Shanti – Se rapprocher de maîtres pour se rapprocher du divin

Je m’appelle Viviane Solia – ou Shanti, de mon nom spirituel. Je suis dans ma 85ème année et je me prépare au Grand Départ, petit à petit, en faisant un retour sur ma vie pour mieux la comprendre, régler et terminer ce qui a besoin de l’être. Un bilan complet si possible et je vous en livre ici quelques extraits.

Qu’ai-je appris ? La vie étant une école –  ai-je fini tout ce qui avait besoin de l’être ? Ai-je laissé partir tout ce qui ne me sert plus ? Ai-je remercié, pardonné, exprimé mon amour à tous les êtres qui me sont chers ? Ai-je suivi dans cette vie la voie que j’avais choisie de vivre avant ma naissance ? Suis-je toujours sur mon chemin de vie ? C’est ce que nous allons voir.

Née pendant la dernière guerre européenne, j’ai grandi dans l’après-guerre, assez inconsciente de ce qu’il se passait hors de chez moi. Mes parents étaient atypiques : ils étaient tous les deux séparés d’un.e ex conjoint.e encore vivant.e, et vivaient donc dans la honte d’un concubinage non célébré par l’Église. Ils essayaient tant bien que mal de survivre. Nous étions pauvres et je ne le savais pas. 

Un ami de mon père était gardien d’un ancien château italien à Nice. Au sein de l’énorme parc entourant le château, il cultivait les fameux œillets de Nice. À la recherche d’un domicile, mes parents se sont vus offrir l’appartement qui était situé dans la tour du château. Aujourd’hui le château a disparu pour laisser place à l’Université Sophia Antipolis. J’ai donc eu une enfance atypique et solitaire, dans ce décor atemporel et déconnecté du reste de la ville. Je ne disais jamais où j’habitais, consciente d’être très en marge de la société.

L’Escalier Lesage et l’Hôtel Suisse, Munier-Monluet (Nice), [1940-1960].
Archives Nice Côte d’Azur, 10 Fi 7906 (don Françoise de Tarnowsky)

Et puis mon frère est arrivé, presque pour l’anniversaire de mes 6 ans. J’ai trouvé difficile de perdre ma place de petite reine, et d’avoir à partager ma mère avec ce bébé qui criait tout le temps. A commencé pour moi une période très difficile de ma vie d’enfant. À tel point que j’ai demandé à 8 ans que ma mère me mette en pension, parce que je ne pouvais plus le supporter. Ce qu’elle a fait, n’ayant pas d’autres choix.

À 23 ans, je décide de partir en vacances au Québec. C’est un voyage qui a été décisif pour le reste de ma vie, car je me rends compte que je me sens bien au Québec, et je décide d’y rester quelque temps. D’abord comme fille au pair, au sein d’une famille anglophone qui habitait ville Mont Royal.

Puis, à la fin de l’année scolaire, j’ai été recrutée par Air Canada comme hôtesse de l’air. J’ai été recrutée pour ma connaissance de langues étrangères, même si j’avais tout juste la taille requise pour exercer ce métier. J’étais à l’aise avec cette immigration en solitaire ; j’avais en fait besoin de prendre des distances avec ma famille. Je n’avais pas vraiment cette attache affective qui aurait pu me faire revenir en France.

Bien que née en France, je ne m’y suis jamais sentie bien. Ma mère n’avait pas besoin de moi : elle avait son fils. Je remercie d’ailleurs mon frère d’avoir apporté à ma mère ce que moi je ne pouvais lui donner. Il m’a donné la liberté de voyager, et de vivre ma vie comme je l’entendais, loin de la France. Grâce à lui, j’ai pu suivre, sans contraintes familiales, ma voie spirituelle.

J’ai beaucoup aimé ma nouvelle vie à Montréal et mon emploi, même si les décalages horaires étaient très fatigants. À part la première année où j’étais employée sur appel, je n’ai fait par la suite que des vols transatlantiques, qui me permettaient de voir ma famille et mes amis en Europe.

À cette époque, Montréal a commencé à vivre sa Révolution tranquille – non sanglante, au contraire de la Révolution française. Cette nouvelle énergie, portée par la jeunesse québécoise, ajoutée aux départs des anglophones qui décidaient de s’installer dans d’autres provinces ou à l’étranger, ont changé le portrait socio-culturel de Montréal. Les étudiants francophones au Québec étaient axés sur la libération du joug anglais et du pouvoir de l’Église, et tout ce qui avait rapport avec Dieu et la spiritualité. 

Marche pour la langue française à Montréal en octobre 1969. Photo de Peter Bregg, archives de La Presse Canadienne.

À l’inverse, les jeunes Étasuniens se battaient pour ne pas être envoyés faire la guerre au Vietnam. Ils venaient juste de sortir de la deuxième guerre mondiale, où de nombreux compatriotes étaient morts pour libérer l’Europe du Nazisme. Face à cette perte de sens, beaucoup se sont tournés vers la spiritualité et les communautés qui commençaient à s’établir un peu partout.

L’époque hippie a été riche en ouverture spirituelle, parce que les jeunes avaient besoin de trouver un moyen de survivre à toutes les souffrances créées par la guerre dans de nombreux pays. Leurs âmes en souffrance avaient besoin de trouver la nourriture qu’ils ne trouvaient pas dans les motivations politiques de leur pays. Ils avaient besoin de se tourner vers le divin pour nourrir leurs âmes et continuer à vivre sur cette Terre. Ainsi, beaucoup d’entre eux, dont moi, étaient en quête de nourriture céleste, d’amour transcendental, ainsi que de libération sexuelle – sujet qui m’intéressait moins je dois dire.

À partir de 1966, je me suis intéressée à la vague de maîtres indiens tels que Yogananda et Muktananda qui sont venus aux États-Unis. Il y avait aussi Jiddu Krishnamurti qui avait quitté Ojai en Californie pour s’installer à Saanen, en Suisse (canton de Berne), où il donnait chaque année ses réunions en été, jusqu’à sa mort. J’ai tout de suite été interpellée par ce qu’offrait Krishnamurti, car il semblait être un maître très sérieux, et il était facile pour moi de me rendre en Suisse.

Jiddu Krishnamurti dans une de ses conférences de Saanen en 1985
Photo de Mark Edwards © KFT

Lorsque je suis arrivée à Saanen, j’ai immédiatement senti la présence du divin dans ce village. À l’image de Krishnamurti lui-même : la première fois qu’il s’est rendu dans cette région du monde, il a déclaré être profondément touché par la paix qui y régnait. Puis, lorsque la conférence a démarré, mon cœur s’est ouvert à tout ce qu’il nous partageait. J’étais tellement touchée pendant mon séjour, que lorsque je suis rentrée à Montréal, j’ai cherché à conserver le plus longtemps possible l’état intérieur dans lequel j’étais. J’étais comme illuminée de l’intérieur.

« Quand on apprend vraiment, on apprend tout au long de sa vie, sans être l’élève d’aucun maître en particulier. Tout est prétexte à apprendre : une feuille morte, un oiseau en vol, une odeur, une larme, les pauvres et les riches, ceux qui pleurent, le sourire d’une femme, l’arrogance d’un homme. Tout sert de leçon ; il n’est donc pas question de guide, de philosophie, de gourou ni de maître. Le maître, c’est la vie elle-même, et vous êtes en état d’apprentissage permanent »

Krishnamurti

C’est un processus qui m’est arrivé quasi systématiquement en présence de maîtres spirituels : ils agissent en moi comme des lampes qui illuminent. En leur présence, je suis dans leur lumière. En en sortant, ça me suit un peu. Mais petit à petit cette lumière s’éteint avec le temps. 


Pendant ce séjour, j’avais rencontré Gabrielle, une Niçoise avec qui j’avais sympathisé. Nous avions convenu que nous nous retrouverions à Saanen l’année d’après. Mais quelques mois après la conférence, elle m’écrit pour me dire qu’elle avait rencontré des lamas Tibétains qui l’avaient invitée au Château de Plaige en Bourgogne. C’est là qu’elle se rendrait l’été prochain, et elle m’indiquait dans sa lettre que j’étais la bienvenue.

J’ai senti comme une porte qui se fermait, et une nouvelle qui s’ouvrait. Et c’est de cette manière que je me suis retrouvée l’été suivant au temple des mille bouddhas en France. Dès mon arrivée, on m’a informé que j’arrivais au bon moment car le lama Kalou Rinpoché était sur le point de démarrer les initiations de Tchenrezi. J’ai sauté sur l’occasion. J’y ai reçu ma première initiation spirituelle, et un nouveau nom : Sonam, qui veut dire en tibétain “mérite bonne fortune”, “auspicieux”. C’est ainsi que j’ai été propulsée dans le bouddhisme tibétain. À partir de là, lors de mes escales à Paris, je me rendais toujours au centre tibétain pour pratiquer, prier, et rencontrer du monde.

Un jour, j’appris qu’un lama récemment sorti du Tibet allait être envoyé à Honolulu pour ouvrir un nouveau centre tibétain à Hawaï. Je décidais d’acheter immédiatement un billet d’avion, de sorte à arriver à Honolulu en même temps que Karma Rinchen. À notre rencontre, j’ai senti qu’il y avait une bonne connexion entre lui et moi, même s’il parlait à peine l’anglais.

Karma Rinchen et Viviane à Hawaï

Depuis, Rinchen est devenu un Lama connu jusqu’en Australie. Pendant mon court séjour auprès de lui, nous avons été courtoisement invités par le maître Zen Roshi Aitken au sein de son Zendo à Maui. Les disciples du Lama étaient des hippies qui aimaient le côté bon enfant des Tibétains qu’ils rencontraient, sans la discipline réservée aux monastères tibétains. Ils fumaient et menaient une vie bien différente de la mienne. Lorsque je suis entrée dans le Zendo, quelle différence ! Tout était en ordre, zen ! Je m’y suis immédiatement sentie bien et à ma place. Et à nouveau, j’ai senti la porte des Tibétains se fermer, et la porte du Zen s’ouvrir.

Koun Yamada et Robert Aitken aux débuts des années 1970 à Hawaii. Auteur inconnu.

Je décidais de m’inscrire à la prochaine retraite Zen qui allait commencer.

Peu habituée à rester 14 heures par jour assise en posture Zen, j’ai eu très mal au corps. Mais j’étais au 7ème ciel, j’étais chez moi.

Pendant cette retraite, le Maître avait remarqué que j’effleurais régulièrement l’extase, avec possiblement un premier éveil – ou Kensho selon la tradition Zen – et avait demandé à ses disciples de me surveiller. En effet, en cas de Kensho ou de Satori, il fallait qu’il puisse intervenir rapidement pour m’assister, afin que l’éveil se fasse dans les meilleures conditions possibles.

En bref, mes sens et mon esprit m’indiquaient que j’avais trouvé ma voie, et je n’avais plus qu’à la suivre. Ce que je fis plusieurs années de suite.

En parallèle, cela faisait plusieurs années que j’étais en couple avec Völker, qui était à la fois un collègue et mon âme sœur – tout du moins c’est ce que je pensais les premières années de notre relation. Comme notre couple commençait un peu à battre de l’aile, j’ai décidé de l’inviter à une retraite spirituelle au Zendo de Maui. Je portais beaucoup d’espoir sur cette retraite ensemble, car j’espérais très fortement qu’il vive lui aussi un moment intense – une révélation comme j’ai pu en vivre, et qu’il devienne enfin mon compagnon de spiritualité. 

C’est en fait tout l’inverse qui s’est produit. J’ai été accablée par le triste constat que la spiritualité ne l’intéressait pas. Il était en réalité un vrai épicurien, et ne voyait pas quel plaisir il y avait à passer ses journées assis, à écouter les préceptes du Zen et à essayer d’accoucher de soi-même.

Pour moi ça a été un choc très dur. À partir de ce moment j’ai compris qu’il n’était pas prêt à s’engager dans la spiritualité, et que, par conséquent, nous ne partagions pas ce qui était essentiel pour moi. Et en même temps j’avais le cœur brisé de devoir le quitter. Il le fallait pourtant : il devenait malheureusement un obstacle à mon engagement spirituel, que je voulais désormais total.

Ce qui est curieux, c’est que, la veille de son départ – nous n’avions pas réservé les mêmes vols – il m’a offert un livre d’Osho nommé “Only one sky” en me disant qu’il ne le lirait pas. Il ne le savait pas, mais ce livre allait changer ma vie pour toujours. 

Ce moment a été la transition entre ma vie avec le Zen et Völker, vers une vie avec Osho.

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